Edito juillet 2016

28 juin 2016 0 Par Paroisse Saint-Paul

« Père Jean ColinN’abandonnez jamais ! »

 

Il n’y a pas que les animaux de compagnie qui courent des risques au début de la période estivale. Changement de lieux, changement d’horaires, changement de rythme : invitation à mettre le spirituel entre parenthèses ? Non, par pitié, n’abandonnons pas la PRIÈRE sur une aire d’autoroute, nous ne serions pas sûrs de la retrouver au retour. Et si, au contraire, les vacances étaient l’occasion de m’y remettre ? Ou de m’y mettre enfin, libéré des astreintes quotidiennes ? L’occasion d’examiner la manière dont je prie, d’en trier les fruits pour en savourer les meilleurs ? Tandis qu’à l’étal d’un marché de producteurs nous prendrons peut-être le temps de choisir soigneusement melons, fraises, pèches et pastèques, ne connaîtrions-nous pas aussi quelques trucs de grand-mère pour choisir les meilleurs fruits de la prière ? Prenons plutôt une autre image : la prière c’est un peu comme pour laver le linge, avant de l’étendre au soleil de l’été : avec l’eau, il faut la lessive, l’adoucissant, le tout à la bonne température.
La prière est en effet un subtil détergent : elle nous détache du péché et de ses causes, elle nous délie, elle nous libère. Si nous péchons, c’est en fait par manque de liberté, c’est-à-dire soit par méconnaissance, soit par faiblesse de volonté. Or la prière corrige ce double défaut. Comment ?
Elle éclaire tout d’abord notre intelligence sur la malice du péché et ses effets, en nous les montrant à la lumière de Dieu, de l’éternité, et de ce que Jésus a fait pour nous en délivrer. Par la pensée, elle nous transporte dans divers lieux : dans ces déserts sacrés, ces vastes étendues sauvages, où l’on trouve Dieu seul, dans la paix, dans le repos, dans le silence et dans le recueillement ; elle nous transporte à Bethléem, pour y voir notre Sauveur ; au Thabor, pour y deviner notre gloire future ; au Calvaire, pour y voir notre exemple ; dans les lieux de souffrance, physique, psychologique, métaphysique, pour y découvrir le vrai visage du péché ; au cimetière, pour y constater la brièveté de la vie, maintenant et à l’heure de notre mort ; au ciel, pour y voir la place qui nous y attend… La prière nous détache aussi du monde et de ses illusions : elle nous rappelle l’éphémère des biens temporels, les soucis qu’ils nous apportent, le vide et le dégoût qu’ils laissent à l’âme après leur passage ; elle nous arme contre les travers et la corruption du monde, et nous fait comprendre que Dieu seul peut faire notre bonheur. Elle nous détache surtout de nous-mêmes, de notre orgueil, de notre sensualité, en mettant face à face Dieu, plénitude de l’être, et notre néant, et en nous montrant que seules les joies divines nous ennoblissent et nous élèvent jusqu’à Dieu.
La prière fortifie aussi notre volonté, non seulement en renouvelant nos convictions, mais en nous guérissant peu à peu de l’inertie, de l’indolence, de la lâcheté, de l’inconstance : seule en effet la grâce de Dieu peut guérir ces faiblesses, quand nous l’accueillons et travaillons avec elle. Persévérer dans la prière… nous rend persévérants pour tout le reste. Or l’oraison nous fait demander la grâce avec d’autant plus d’ardeur et d’insistance que par la réflexion nous avons mieux senti notre impuissance. Ainsi, les actes de foi, d’espérance, d’amour, de contrition et de ferme propos que nous formons pendant l’oraison, avec les résolutions que nous y prenons, sont déjà une coopération active à la grâce. C’est la part active de la prière, la préparation à l’action.
Ainsi, la prière nous exerce déjà, intérieurement, à pratiquer toutes les grandes vertus chrétiennes, c’est l’adoucissant qui affermit les fibres de l’âme. Les vertus théologales : la prière éclaire notre foi, en nous remettant sous les yeux les vérités éternelles ; elle soutient notre espérance, en nous ouvrant une ligne directe avec Dieu ; elle stimule notre charité, en nous manifestant la beauté et la bonté de Dieu qui attire nos regards sans brûler nos yeux. Les vertus cardinales : la prière nous rend prudents en préparant intérieurement nos actions extérieures ; justes, en conformant notre volonté à celle de Dieu ; forts, en nous faisant participer à la puissance divine ; tempérants, en adoucissant l’ardeur de nos désirs et de nos passions. La prière, c’est un dialogue avec Dieu, ce sont des paroles, mais plus fondamentalement elle est portée par, et elle porte à, des actes intérieurs ; ces actes mûrissent en vertus, et il n’est pas de vertu chrétienne que nous ne puissions acquérir à force d’oraison quotidienne : par elle nous adhérons à la vérité, et la vérité, en nous délivrant de nos vices, nous fait pratiquer la vertu : « alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 32)
Enfin, la lessive et l’adoucissant n’ont que peu d’effet si l’eau n’a pas atteint une température suffisante. La prière prépare notre union et même notre transformation en Dieu, en nous échauffant, en nous embrasant. C’est en effet une conversation avec Dieu, qui devient chaque jour plus intime, plus affectueuse et plus prolongée, plus chaleureuse, plus facile aussi : car elle se continue, au milieu même de l’action ou du farniente estival, tout le long du jour. Or, à force de fréquenter l’Auteur de toutes les perfections, on s’imbibe de sa beauté, on s’en pénètre, comme le linge s’imprègne de l’eau pure dans laquelle il est plongé, on y ravive les sentiments divins, comme le fer placé dans la fournaise s’embrase, s’assouplit et finit par ressembler au feu.
Une température suffisante, sans excès toutefois : si l’amour de Dieu nous brûle cet été, partageons le feu, dans les paroisses et autres communautés où nous passerons, ou en le transmettant par la parole et les actes à ceux qui ne connaissent pas Dieu. Parfois, oser témoigner, ça refroidit. En tout cas, c’est une bonne clim’.
Bonnes vacances !
+Père Jean Colin