EDITO AVRIL 2017

« Insondable richesse du Christ » (Eph 3, 8)
             Parmi les virtuoses du pied de biche, il faut compter quelques voleurs. Nuitamment, il vous font sauter les verrous en un rien de temps, y laissant au passage quelques lattes de bois éclatées, avant d’entreprendre des fouilles qui n’ont rien de la délicatesse des archéologues. L’église Notre-Dame en a fait les frais, et les assurances aussi. L’appât du gain se voulait facile, immédiat, sans tous les inconvénients de la négociation des objets volés au plus offrant. Il y a des voleurs pressés, et tant mieux puisqu’il n’a finalement rien pris, cherchant le produit de la quête. Le plus ennuyeux et angoissant eût été qu’il s’en prenne au Saint-Sacrement. Que nenni ! S’étant emparé des clefs de la boîte à trésors, il ouvrit délicatement le tabernacle et le referma. Jésus était toujours là, à notre plus grand soulagement,… et point de quête. Avide arriva notre ami, bredouille il repartit.
            Il ne devait sûrement pas avoir une grande culture chrétienne pour chercher la quête dans le tabernacle. Mais il nous donne une belle parabole de notre monde, plus prompt à adorer l’Argent que Dieu (cf. Mt 6, 24). Il est vrai que les tabernacles des banques sont tout de même beaucoup moins accessibles. Et les gardiens du temple peut-être plus sourcilleux. « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où mites et vers consument, où les voleurs percent les murs et dérobent. Amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni mites ni vers ne consument, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur » (Mt 6, 19-21).
            Petit examen rapide : vais-je plus souvent à la banque que prier Jésus présent dans le tabernacle ? Pourtant tout notre trésor est là, qui nous attend, qui ne veut rien garder pour Lui, qui donne tout et s’enrichit à mesure qu’Il donne. Jésus n’a pas besoin de faire sauter les verrous. Au matin de Pâques, Il est là, d’un coup, au milieu des Apôtres stupéfaits. Ils n’avaient fait qu’entrevoir les richesses infinies que recelait son humanité. Défiguré, humilié, bafoué et cloué sur la Croix, Il n’avait plus rien de présentable. Allongé, mort, sur la banquette funéraire, Il n’avait plus rien, même pas un vêtement, nu, dépouillé de tout. Qui avait compris que toute la richesse de l’humanité était là, gisante, sanglante, anéantie (cf Ph 2, 7) ?
            Au matin du premier jour, du premier jour absolu d’une humanité recréée, Il apparaît dans toute la splendeur de sa lumière de Ressuscité. Il fait sauter les verrous des cœurs. Au lieu de mettre du désordre, Il rassemble ce qui a été dispersé. Il vient ravir nos âmes à l’avidité du démon, dérober nos vies liées par les chaînes du péché.
            En ce temps qui nous conduit très bientôt à la joie pascale du Christ ressuscité, notre Dieu et Sauveur, laissons-nous submerger par les flots de son insondable richesse !
            Très sainte et joyeuse fête de Pâques !
abbé Philippe-Marie
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