EDITO MAI 2017

Penser printemps : Trois enfants bergers, leurs brebis, un ange, et Notre-Dame
Ce mois de mai est l’occasion de découvrir, ou redécouvrir, les événements et le message des apparitions de la bienheureuse Vierge Marie, à Fatima, à partir du 13 mai 1917. Nous abordons ainsi un centenaire très important, en ce qu’il a fortement influencé tout le 20ème siècle, et en ce qu’il n’a plus cessé de répondre aux besoins urgents des âmes, particulièrement à l’heure des crises.
Car c’est un an plus tôt que les trois bergers avaient commencé à être préparés aux apparitions de la Vierge Marie. Au printemps 1916, Lucie, 9 ans, François, à peine 8 ans, et Jacinthe, 6 ans, avaient encore une manière bien à eux de prier le chapelet : « Nous le récitions souvent en faisant passer les grains et en ne disant que “Je vous salue Marie” et “Notre Père”. La prière terminée, nous retournions jouer aux cailloux. » Mais ce jour-là, quelqu’un vient leur apprendre à prier mieux. « Nous étions en train de jouer depuis quelque temps, lorsqu’un vent violent secoua les arbres, et nous fit lever la tête pour voir ce qui arrivait, car le temps était serein. Nous aperçûmes alors, à une certaine distance, au-dessus des arbres qui s’étendaient du côté du levant, une lumière plus blanche que la neige, qui avait la forme d’un jeune homme de quatorze ou quinze ans. Elle était transparente, plus brillante qu’un cristal traversé par les rayons du soleil, et d’une grande beauté. À mesure que cette apparition approchait, nous distinguions mieux ses traits. Nous étions tout surpris, impressionnés, et nous ne disions mot. En arrivant près de nous, cet être mystérieux nous dit   : “–Ne craignez pas ! Je suis l’Ange de la Paix. Priez avec moi ! Il s’agenouilla à terre, et courba le front jusqu’au sol. Poussés par un mouvement surnaturel, nous l’imitâmes, et nous répétâmes les paroles
que nous lui entendions prononcer : “Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, et qui ne vous aiment pas !” Après avoir répété trois fois cette prière, il se releva et nous dit : “–Priez ainsi ! Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications.” Et il disparut. L’atmosphère surnaturelle qui nous enveloppait était si intense que nous n’avions presque plus conscience de notre propre existence. Pendant longtemps nous demeurâmes dans la position où il nous avait laissés, répétant sans cesse la même prière. Ensuite, le sentiment de la présence de Dieu demeura si intense que nous n’osions pas parler, même entre nous. Le jour suivant, notre esprit était encore pénétré de cette atmosphère surnaturelle, qui ne disparut que très lentement. »
L’été suivant, l’ange revient les voir. « Soudain, raconte Lucie, nous vîmes le même Ange près de nous. –Que faites-vous ? nous dit-il. Priez, priez beaucoup ! Les Saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices. –Comment devons-nous nous sacrifier ? demandai-je. –De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son Ange gardien, l’Ange du Portugal. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. » Et l’ange reviendra encore à l’automne, les faisant communier et leur apprenant une nouvelle prière : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »
Ainsi préparés, les bergers seront moins surpris par les paroles de la Vierge Marie. Le 13 mai 1917, raconte Lucie, « nous descendions la pente, poussant les brebis en direction de la route. En arrivant plus ou moins à la moitié de la pente, à peu près de la hauteur d’un grand chêne-vert qui se trouvait là, nous vîmes un autre éclair et, après avoir fait encore quelques pas, nous vîmes, sur un petit chêne-vert, une Dame, toute vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, irradiant une lumière plus claire et plus intense qu’un verre de cristal rempli d’eau cristalline traversé par les rayons du soleil le plus ardent. Nous nous arrêtâmes, surpris par cette Apparition. Nous étions si près que nous nous trouvions dans la lumière qui l’entourait, ou plutôt qui émanait d’Elle, peut-être à un mètre et demi de distance, plus ou moins. Alors, Notre-Dame nous dit : “–N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal. –D’où vient Votre Grâce ? lui demandai-je. –Je suis du Ciel. –Et que veut de moi Votre Grâce ? –Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce je veux. Après, je reviendrai encore ici une septième fois. –Et moi aussi, est-ce que j’irai au Ciel ? –Oui, tu iras. –Et Jacinthe ? –Aussi. –Et François ? –Aussi, mais il devra réciter beaucoup de chapelets. Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ? –Oui, nous le voulons. –Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.” C’est en prononçant ces dernières paroles que Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs. Alors, par une impulsion intime qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement : “Ô Très Sainte Trinité, je Vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je Vous aime dans le Très Saint-Sacrement.” Les premiers moments passés, Notre-Dame ajouta : “–Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre. » Non sans péripéties, Notre-Dame reviendra en effet le 13 juin (le petit secret), le 13 juillet (le grand secret, avec ses 3 parties), le 19 août, le 13 septembre, et le 13 octobre, avant le miracle du soleil. Je veux te dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux.
Que la fraîcheur des récits de Lucie, et la limpidité du message de Notre-Dame, toutes de simplicité mêlée d’urgence, nous renouvellent dans la vraie dévotion à la Vierge Marie. Mois de mai, mois de Marie : pour un mois, nous savons pourquoi et comment prier !
Père Jean Colin