ÉDITO MARS 2019

ÉDITO MARS 2019

28 février 2019 Non Par Paroisse Saint-Paul

Purger les mauvais ferments

Pour assouplir la grimace que ne manque pas de provoquer, chaque année, l’imminence du Carême, jetons d’ores et déjà un coup d’œil par-delà l’épreuve, projetons-nous d’emblée dans la lumière de la Résurrection qui éclaire tout ce que nous avons à vivre dans la foi. Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité (1 Co 5, 7-8). C’est le grand nettoyage de printemps, les quarante jours de sainte quarantaine, c’est la guerre bactériologique, c’est la purge annuelle : se débarrasser des vieux ferments, des mauvais levains qui pullulent et nous gâchent la vie ; dire un peu plus fermement Non aux mauvaises habitudes prises, qui donnent prise à l’ennemi de la nature humaine ; macérations qui produisent l’usure habituelle de la vie intérieure, attaquent les résolutions les meilleures, décomposent la vie de Dieu en nous.

Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous ferez disparaître le levain de vos maisons (Ex 12, 15). Nous les connaissons bien, nos mauvais levains (orgueil, jalousie, sensualité, colère, avarice, gourmandise, paresse, pour les plus fameux ; mais les petits mensonges, et les médisances, et les grandes indifférences, fermentent bien, aussi). Nous tâchons souvent d’en diminuer la fermentation. Parfois au contraire, nous les cultivons, nous les entretenons, parce qu’au fond, nous en aimons les saveurs, nous y prenons goût ; d’autres fois encore, nous en essayons de nouveaux. Et nous, chrétiens, qui nous efforçons de mettre l’extérieur en harmonie avec l’intérieur en harmonie avec Dieu source de tout bien, nous sommes souvent recolonisés par le levain des pharisiens, c’est-à-dire leur hypocrisie (Lc 12, 1). Rien de tel qu’un bon jeûne, rien de tel qu’une bonne quarantaine, pour nous purifier les intérieurs ! Rien de tel que l’Évangile surtout, su, cru et vécu, pour renouveler la flore intérieure et que ça se voie à l’extérieur. Les ferments de l’Évangile ? Pour les 40 jours à venir, ce sera l’aumône et le don de soi, ce sera la prière et le don de Dieu ; Dieu qui est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs : il s’installera pour fondre et purifier (Ml 3, 2-3).

Ce Carême s’ouvre sur une actualité d’Église très riche en mauvais levain ; un levain déjà ancien, tenace, qui a pourri beaucoup d’âmes, notamment parmi les ministres de l’Église, et gâché trop de vies. Il y avait bien quelque chose qui clochait, tout ce temps, des membres étrangers, quelque chose de pourri au royaume du doux Christ en terre. Vivement que le Corps du Christ soit purgé de ces levains-là, nous en avons assez soupé ! C’est que le Carême, nous ne le vivons pas que chacun pour soi : c’est, pour l’Église entière, comme une gigantesque (et longue) retraite annuelle. Alors imaginons, l’Église débarrassée, purgée, de ses terribles démons ; imaginons-la, prions, et faisons-la : il s’agit de s’attacher au Christ, de se reconnecter à la Tête du Corps, d’où lui viennent, et la Sainteté, et l’Unité.

Par l’intercession de saint Joseph (19 mars), protecteur de l’Église, protecteur de l’innocence, et par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, dans le mystère de l’Annonciation (25 mars), nous ne manquerons pas de joies, pour traverser l’épreuve !

Joyeux Carême !

+JC