Édito de décembre : Nostalgie d’Avent

1 décembre 2020 Non Par Paroisse Saint-Paul

Chères paroissiennes, chers paroissiens,

En cet hiver qui se profile doucement, il faut reconnaître que le fond de l’ère effraie. Comme les skippers du Vendée Globe, ballottés d’un côté sur l’autre, abrutis par les bruits incessants et les sifflements des médias, ressentant une profonde solitude dans un univers qui devient hostile et tumultueux, nous nous prenons parfois à rêver que la terre ferme, celle d’avant où tout semblait ordonné, était quand même bien rassurante. Mais voilà, personne ne nous a dit que nous envisagions une croisière pépère sur l’océan de ce monde aux systèmes politiques changeants et aux sociétés mouvantes. Et surtout pas Jésus qui nous avait prévenus des épreuves et combats qui attendent ses disciples. Avec toute l’Église, depuis les origines, nous sommes engagés dans une lutte incessante, une course pour arriver à bon port.

Ce n’est donc pas l’heure de rêver à un âge idéal de la chrétienté, douce nostalgie d’une époque évanouie qui n’a jamais existé. Toutes les époques ont leur part de lutte. Toute vie de foi authentique se construit en s’engageant résolument au large, loin du confort de la terre ferme, pour atteindre le but espéré. Mais dans cette traversée, nous ne sommes pas laissés seuls, à nos propres forces. Le Christ est présent dans notre bateau, parfois endormi. Il suffit de le réveiller et de susciter son aide. Les sacrements sont le canal assuré de la grâce. C’est pourquoi ils nous sont si chers, spécialement la Sainte Eucharistie, car ils déversent en nos âmes la vie divine qui nous permet d’affronter le temps qui passe, et les tempêtes qui le ponctuent.

Les circonstances actuelles nous privent parfois de la présence consolante du Seigneur dans ses sacrements, mais elles ne font qu’attiser le désir, en nous concentrant sur l’essentiel. L’un des 49 martyrs d’Abitène (Tunisie actuelle) en 304 déclarait à ses bourreaux : « Sans la messe célébrée le jour du Seigneur nous ne pouvons pas vivre. Nous ne pouvons pas affronter les difficultés quotidiennes et résister aux tentations, sans l’Eucharistie ». La période actuelle nous offre un beau critère de discernement de notre vie intérieure. Est-ce que nous pouvons nous passer de l’Eucharistie ? Et je ne parle pas d’Eucharistie virtuelle (temporairement consolante), car le Christ n’est pas venu dans le monde virtuellement. Il ne se donne pas à nous virtuellement car la logique de l’Incarnation veut nous faire goûter, toucher, voir, entendre, sentir. La nostalgie d’Avent, c’est de stimuler le désir spirituel de cette rencontre avec notre Rédempteur. Le Christ va se manifester et l’espérance grandit en nous de Le recevoir de tout notre cœur.

Nous allons cheminer ensemble vers Noël dans les incertitudes du moment. Portons-nous les uns les autres, avec une attention particulière pour ceux qui sont ou seront fragilisés à cause de la santé physique et/ou mentale, des conséquences économiques prévisibles, de l’isolement. Que pas un de nos frères ne reste en arrière ! L’espérance est pour tous et le désir d’accueillir le Seigneur s’offre à tous. Marchons en ce temps d’Avent avec les mages, guidés par l’étoile : Maris Stella, Marie Étoile de la Mer qui nous indique le chemin de la vraie vie et de la joie ! « A qui irions-nous, Seigneur, Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).

Bon chemin d’Avent et déjà, JOYEUX NOËL à vous tous et vos familles !

abbé Philippe-Marie Airaud