Joli mois de mai – par le père Airaud

Edito du bulletin paroissial de Mai.
Dans le dédale des ruelles, le brûlant soleil méditerranéen peine à glisser ses rayons. Les odeurs d’épices et de pain chaud se mêlent, flattant l’odorat en éveil. Les couleurs chatoyantes des étals délivrent une impression de gaîté. D’escaliers en pentes glissantes, de coupe-gorges en riantes places pavées, on se laisse volontiers égarer. Dans la foule grouillante de la modeste place qui ouvre la perspective vers la Mère Basilique du Saint Sépulcre, le cœur bat de se savoir au centre du monde. A l’intérieur de l’édifice, largement hérité des croisés en sa forme actuelle, Elle est partout. A droite en entrant, sur le rocher du Calvaire, sa présence douloureuse et offrante est encore prégnante, prégnante d’un enfantement dans la douleur du Fils qui s’immole pour le salut du monde. Près de la pierre de l’onction, sa souffrance espérante ne laisse pas indifférent. A l’ombre du tombeau vide, Elle montre la victoire définitive sur le péché et la mort, rayonnante de la lumière dont Elle était déjà nimbée depuis sa conception immaculée, prémices du salut offert à tout homme.

Jérusalem ! « Chacun est né là-bas » (Ps. 86, 4). Tout y parle du Sauveur et tout y parle de Marie, sa Mère. En reprenant le chemin vers la colline de Sion, comment ne pas revoir la tristesse de son visage, fermé par la lourde pierre du tombeau, mais imprégné en même temps d’une indescriptible dignité dans la souffrance alors qu’elle rentre d’un pas lourd au Cénacle, refuge des derniers fidèles d’un si pénible Vendredi. Elle demeure dans la salle haute tout au long de ce terrible Samedi. Pierre, Jean, Madeleine et tous les autres, où puisaient-ils des raisons d’espérer encore, de ne pas s’évanouir de chagrin, de ne pas sombrer sous le poids des idées les plus ténébreuses ? En La regardant, plongée dans le recueillement d’une intériorité priante inexprimable et irrésistiblement contagieuse. En Elle seule vacillait toujours la flammèche ténue et décidée de l’invincible espérance car, en Elle seulement, la victoire était acquise depuis longtemps. A deux pas de ce lieu, comme une hymne d’action de grâces, une élégante église moderne marque le lieu de sa dormition, triomphe définitif de son Assomption annoncée. Fille de Sion, toute sa vie proclame la fidélité et l’enracinement de sa foi, de son espérance et de sa charité. Fille de Sion, son être de Vierge, de Mère, de consacrée, dévoile toutes les facettes de la Miséricorde divine pour tous les hommes. Figure exemplaire de l’Église, nouvelle Sion, Jérusalem céleste, Elle étend sa maternité à tous les enfants du Père qui trouvent en Elle refuge dans la détresse, force dans la faiblesse, lumière dans le désespoir, miséricorde dans le péché, consolation dans la croix, douceur dans les aspérités de la vie, persévérance dans le quotidien desséchant, joie dans un monde oublieux de Dieu, louange gratuite quand tout porte à la revendication des droits.
En ce joli mois de mai, mois de Marie, prenons mieux conscience combien Elle est intimement liée à son divin Fils dans tous les faits et gestes, paroles et événements de sa vie. A Nazareth, Elle est présente avec l’ange Gabriel puis dans la vie simple d’une famille. A Bethléem, Elle enfante la Vie du monde dans la joie d’un Cœur comblé. A Eïn Karem, Elle rencontre sa cousine Élisabeth et laisse en héritage son Magnificat, la plus belle hymne de louange jamais adressée au Créateur et Sauveur. Partout où Jésus se trouve, Marie s’y trouve également, effacée, discrète. C’est à Elle que s’adressent les serviteurs de la Noce à Cana. « Faites tout ce qu’Il vous dira ! » (Jn 2, 5), s’entendent-ils dire. En La contemplant, nous sommes introduits plus profondément dans le mystère de Jésus. En la priant, nous sommes plus sûrement guidés et exaucés. En nous consacrant à Elle, nous appartenons plus radicalement à son Fils. Des rayons éblouissants de la divine Miséricorde, Elle est le pur miroir, qui habitue progressivement les pauvres yeux de nos âmes, à recevoir avec fruits la Lumière d’en-haut. Parce qu’Elle n’a jamais rien retenu pour Elle-même, qu’Elle a été et demeure tout entière à Jésus et tout entière à ses enfants adoptifs, Elle a mérité la place d’honneur du Ciel. Prions-La spécialement en ces jours, pour nos frères chrétiens d’Orient en souffrance, qui héritent en ligne directe de la foi des Apôtres.
« Ô Vierge mère, fille de ton Fils, humble et haute plus que toute créature, terme fixé d’un éternel conseil, tu es celle qui tant a ennobli l’humaine nature que Celui qui la fit n’a pas dédaigné être fait par elle. En ton sein se ralluma l’amour par l’ardeur duquel, dans l’éternelle paix, ainsi a germé cette fleur céleste. Tu es ici, pour nous, resplendissant flambeau de charité, et en bas parmi les mortels d’espérance tu es source vive ! » (Dante, Divine Comédie, Paradis, chant XXXIII, 1-12).
abbé Philippe-Marie Airaud